Et tandis que je délaissais, un court moment, la plume fantaisiste, rêveuse ou
sarcastique pour deux articles empreints d'humanité, les commentaires se sont rapidement taris. En voulant honorer mes dieux de catéchisme, mes saintes Lumières laïques, et la justice chérie en
notre espèce (Homo homine lupus, qu'ils disaient ! - les Anciens i savaient) voilà que mes efforts pour n'être plus démon se heurtent de nouveau à la tragique destinée.
Pater noster qui in caelis es, on dirait que ça t'amuse ! C'est ainsi, donc... ?
Alors je l'ouvre !
Pour y entrer (et peut-être n'en jamais ressortir), suis le vers du poète :
Si vous êtes récemment parvenus à regarder la tévé en évitant le retour du fantôme de la tronche hilare à Monsieur « Culture-pub-68 » Cohn-Bendit, peut-être avez-vous réussi à garder un oeil ouvert (malgré les heures tardives) sur deux documentaires un peu plus engagés que ce qu’on a coutume de woir et ouïr.
En effet, pas plus tard qu’hier, le canal (pourtant non indépendantiste) France 2 proposait de revenir sur deux événements aussi troubles qu’espacés dans le temps de notre Glorieuse République Démocratique Populaire :
A 23h00, d’abord, un retour sur le sombre épilogue de la prise d’otage d’Ouvéa en 1988 pendant lequel quelques « justiciers » en tenue de combat semblent s’être arrogé le droit de souiller les couleurs, tandis que les autorités métropolitaines fermaient leurs yeux « bienveillants ».
Grotte d’Ouvéa : autopsie d’un massacre
http://programmes.france2.fr/documentaires/index-fr.php?page=infrarouge&id_rubrique=121
Le 22 avril 1988, à deux jours du premier tour de la présidentielle qui oppose Jacques Chirac et François Mitterrand, des militants du FLNKS décident d’occuper la gendarmerie de Fayaoué sur l’île d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie. Ils veulent ainsi faire pression pour que ne soit pas appliqué le statut imaginé par Bernard Pons, ministre gaulliste de la cohabitation, qui entend redécouper le territoire et affaiblit politiquement les indépendantistes kanaks. L’opération tourne mal. Quatre gendarmes sont tués, les ravisseurs scindent les otages en deux groupes. L’un prend la direction du nord ; l’autre celle du sud. Dès lors l’armée investit l’île, à grand renfort de troupes et d’hélicoptères, la presse y est interdite. Le black-out du secret-défense s’impose. Soupçonnés d’aider les ravisseurs, les habitants de Gossanah sont parqués, subissant des interrogatoires musclés : coups de crosse, tortures, humiliations... Mais la plus grande faillite de la République française est à venir.
Dévidant chronologiquement les quatorze jours de la prise d’otages jusqu’à l’assaut de la grotte, Elizabeth Drévillon signe une remarquable enquête sur un dossier désormais couvert par la loi d’amnistie consécutive à la signature des accords de Matignon. Montés en parallèle, les propos des protagonistes (politiques, militaires, militants) attestent l’enjeu d’Ouvéa sur l’échiquier électoral français. Mais les petites manoeuvres tactiques, les règlements de comptes entre « cohabitants » ne doivent pas occulter l’horreur : des blessés qu’on laisse agoniser, des Kanaks sortis vivants de la grotte puis exécutés. Peut-être un peu rapide sur les dissensions internes au FLNKS, le film, par la force des témoignages recueillis, s’impose comme l’éclairage inégalé d’un pan opaque de notre histoire.
Marie Cailletet - Télérama, Samedi 3 mai 2008
A 00h00, ensuite, un versant ombragé de la Libération avec un film évoquant la barbarie avec laquelle furent réprimées les aspirations indépendantistes dans la région de Constantine en Algérie par les forces coloniales. Où l’on brûlait les dépouilles des insurgés dans des fours à chaux pour éviter de laisser des traces...
L’autre 8 mai 1945
http://programmes.france2.fr/documentaires/index-fr.php?page=infrarouge&id_rubrique=123
Le site dédié à ce documentaire :
Temple
Grandin une femme qui enseigne le comportement animal à l’université de Colorado aux États-Unis et qui conçoit des installations adaptées aux bêtes pour des exploitations d’élevage ou des
abattoirs. Elle comprend bien les animaux car sa manière de penser lui permet de se représenter un grand nombre de détails qui échappent aux autres humains mais sont de première importance pour
une vache ou un cochon. Temple Grandin est autiste (atteinte du syndrome dit « d’Asperger »). Au lieu de réfléchir avec des mots, des idées, elle n’emploie que des images, de sorte que
lorsqu’elle décide de concevoir une nouvelle installation, elle peut visualiser ses projets en trois dimensions, se promener à l’intérieur, les étudier sous toutes les coutures, sans avoir besoin
d’utiliser un logiciel prévu à cet effet. Sa pensée est visuelle et associative, sans recours au langage. Et cela lui a permis de découvrir pourquoi des bêtes étaient prises de panique avant
l’accès à un bassin de contention par exemple : les pauvres bestiaux voyaient quelque chose qui leur faisait peur et pour comprendre ce qui leur faisait peur, il fallait essayer de voir comme
eux. Ce que Temple Grandin sait faire. Bien sûr sa vie n’a pas été facile et l’autisme lui donne l’impression d’être une « anthropologue sur mars » tant elle a de mal à comprendre le non-dit des
relations humaines les plus banale, les éléments de communication implicites ; mais malgré cela, à sa façon très singulière, avec son mode de pensée, elle a su « faire son trou » et montrer ce
que ce mode de pensée si particulier peut avoir de précieux. Peut-être ne sait-elle pas interpréter un haussement de sourcil chez une personne, un changement dans l’intonation d’une voix, mais
elle est capable de se représenter ce que voient des animaux. Son intelligence ne s’embarrasse pas des données émotionnelles si complexes chez l’homme du commun, mais fonctionne à l’aide d’une
implacable logique, comme celle de Monsieur Spock dans Star Trek (et aussi celle de Sherlock Holmes, je trouve). Certes Temple Grandin évoque combien elle fut et est encore handicapée par
certains traits propres à l’autisme, mais fait l’ample démonstration de ce qu’elle est capable d’apporter à la société. Quant à son « hermétisme » aux émotions communes, la prive-t-il d’humanité
? Grâce au travail que Miss Grandin accomplit dans les abattoirs, des animaux de boucherie doués de souffrance peuvent vivre leurs derniers instants dans le calme, c’est un aspect qui la
préoccupe beaucoup et ce respect pour les espèces dont nous nous repaissons (carnivores que nous sommes) est une habitude qui se perd tandis que gagne la « civilisation ». Ce respect dont
l’autiste « indifférente » Temple Grandin fait montre, témoigne aussi d’un degré de conscience et de responsabilité envers le vaste monde qui nous a enfanté qu’on aimerait bien rencontrer chez
plus d’Êtres humains !
A découvrir : Temple GRANDIN, Penser en images, Et autres témoignages sur
l’autisme, New York, 1995, Paris, Éditions Odile Jacob, 1997 - traduction de Virginie Schaefer.
A noter : Le célèbre neurologue et écrivain Oliver Sacks a repris l’expression que Temple Grandin utilisait pour se qualifier elle-même et en
a fait le titre d’un de ses passionnants ouvrages (Un anthropologue sur Mars, Sept histoires paradoxales, New York, 1995, Paris, Éditions du Seuil, 1996 - traduction de Christian
Cler)




