Autant vous le dire tout de suite : y’a du pour et du contre.

 

Un certains nombre de représentants religieux aiment à rappeler de façon plus ou moins détournée que le sujet reste toujours d’actualité. N’est qu’à voir cette récente réclame télévisée de chez Monsieur Citroën pour s’en convaincre, où des nonnes, largement coiffées, pleurent à chaudes larmes l’embarquement sans retour de leurs immémoriales deux-chevaux. Certes, un rajout hollywoodien nous invite à croire qu’elles s’en remettent aussi sec, à l’arrivée d’un lourd chargement de voitures neuves ; mais d’aucun y flaireront la supercherie : voyez, je vous prie la version « director’s cut » de cette œuvre et vous saurez combien nos nonnes dépriment à qui mieux mieux ! Et ce n’est certes pas l’attrait de vieilles carlingues gris-mat qui ont pu suscité un tel amour sacré chez les Sœurs. Impossible pourtant d’en savoir plus sans rompre des secrets de confession. La position de l’Eglise catholique a d’ailleurs toujours été plutôt nébuleuse quant au sujet, lors même que sa Sainteté Jean-Paul II se faisait greffer un exosquelette papamobile blindé.  Et si la chose n’est certes pas totalement du ressort de la théologie, elle n’en demeure pas moins intimement liée.

 Ma voisine, Félicienne Masson, employée de maison à la retraite, est pourtant convaincue du contraire.

- Du contraire de quoi ?

- Ben, du contraire de ce que pensent probablement les religieuses.

- Ah bon, passque moi je pensais que c’était rapport au lien avec la théologie.

- Mais pas du tout (crétin) !

C’est par le recours aux travaux de Luis Walter Alvarez sur la physique des particules, que Ma’ame Masson entend valider sa thèse, qui ne fut à l’origine qu’une simple supposition empirique. L’argument est finalement assez simple et repose sur la mise en valeur de certains noyaux radioactifs dans la structure de l’âme.

 

Quant à moi, et c’est là bien entendu le plus intéressant de l’affaire, je me souviens d’une Renault 16 appartenant à mon père à l’arrière de laquelle était disposé un plaid en laine (pour pas salir) et qui grattait formidablement les jambes lorsqu’on s’y plaçait en culotte courte. Cet engin aux lignes curieuses et qui fit fureur dans les années 70, était presque toujours empli d’une fumée suffocante qui m’infligeait de pénibles nausées et qui était dû à l’ingurgitation tabagique de notre papa. J’avais pourtant une réelle affection pour ce véhicule à qui je parlais volontiers, que j’encourageais avec force compliments dans l’ascension de côtes pentues, et dont je caressais tendrement le skaï des sièges. Je l’appelais aussi toujours par son nom : Totote. Et je dois dire qu’elle s’est comportée avec moi, tout au long de son existence, comme une amie exemplaire, complice de mes facéties, confidente de mes douleurs, calme et bienveillante, inlassablement à l’écoute, équipée d’un klaxon sonore… Sa tragique disparition, un soir d’hivers en 1978, m’aura permis de comprendre ce qu’est la mort : la Grande faucheuse a pris sa vie, le ferrailleur, son âme.  

Mercredi 25 janvier 2006 3 25 /01 /2006 15:27
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