Vocilà une mésaventure véridiquement récente qu’il me semble piquant de narrer ci-bas.
Sans peur du Condé-ra-t-on, au mépris des poursuites sarkoantidiffamatoires, je n’hésiterai point à fustiger l’incompétence des brebis galeuses osant souiller les rangs de notre glorieuse administration d’Etat.
Sachez donc, vous austres, que vendredi dernier, rentrant d’un cocktail au Sénat pour le soutien de Monsieur le Premier Ministre, ma femme et moi fûmes mêlés à une effroyable tragédie du quotidien. Nous quittions Vincennes en pleine nuit, cheminant vers le pays de Canaan (la seine et Marne nord), madame stoppant docilement le moteur de sa Deux-chevaux à l’approche d’un feu rouze, lorsque soudain deux individus chevauchant un léger deux roues s’en prirent à un jeune conducteur de Vespa, avec la complicité d’un troisième mécréant à l’affût. En un clin d’œil, les brigands s’emparèrent du scooter, aspergeant le malheureux jeune homme d’une bonne quinzaine de litres d’un produit lacrymogène sous pression. N’écoutant que son courage, mon admirable conjointe, fila illico à la poursuite de deux des bandits afin de les rosser comme il se doit quand elle dû renoncer : ces chiens de marauds ayant pris la nationale à contre sens, légers qu’ils étaient sur le cyclomoteur. Nous stoppâmes donc net les machines pour porter secours à la pauvre victime qui semblait émettre quelque insatisfaction voire une once de désagrément au sujet du produit irritant qui lui barbouillait la face.
« Tout doux, l’ami !», lui lançai-je en lui foutant un coup de genou dans le plexus afin de déplacer la zone douloureuse et le soulager ainsi de ses lésions faciales. « Il faut te ressaisir, jeune con, dans le fond tu l’as bien un peu cherché, pas vrai ? », ajoutai-je d’un ton réprobateur.
Mais bien vite nous dûmes écourter les épanchements de courtoisie pour parer au plus pressé et appeler les services d’urgence appropriés. Et, là, grands dieux, quelle ne fut pas la maladresse que commit ma douce colombe en composant « police secours » sur son hygiaphone mobile ! Mais comment diable aurions nous pu imaginer la non conséquence d’un tel appel ?
1) Le monsieur du 17 demande des détails et ajoute qu’il appelle les pompiers
2) Nous attendons comme des poires williams pendant une vingtaine de minute (fait pas chaud)
3) Madame rappelle « police secours », qui prétexte un changement de brigade pour excuser l’absence de prise en charge de notre demande, et (comble) nous conseille de nous rendre par nos propres moyens au commissariat le plus proche (il faut déjà le trouver) en compagnie de la victime
4) L’on finit par trouver ce fichu poste de police, et là, un individu visiblement las, nous accueille frileusement, pour nous expliquer que somme toute, il vaudrait mieux que nous nous rendions au commissariat du XIIème arrondissement de Paris pour y déposer nos plainte et témoignages.
5) Madame rappelle le 17, une femme apparemment plus zélée lui répond, s’étonne de la situation et conseille de retourner au poste d’où nous venons.
6) Là, le fonctionnaire visiblement agacé nous accueille d’autant plus froidement et nous explique avec force arguments (peu convaincants) qu’il est réellement dans notre intérêt d’aller dans le XIIème, si nous désirons avoir la moindre chance de voir nos efforts aboutir, et le jeune homme retrouver son scootaire
7) Nous nous rendons – avec un rien de mécontentement – dans cet imposant édifice du XIIème, où nous accueille cette fois, non point un agent fatigué mais un fringant fantassin, menton saillant, claire voix, et gilet pare-balles au plastron
8) En ce lieu, enfin, après un peu d’attente, nous pouvons accomplir notre belle tâche de délation sous l’écoute bienveillante de deux messieurs de la pôlice en civil, très aimables
9) après trois bonnes heures et demi de déambulation, nous finissons par ramener notre victime et son cousin à leur domicile avant de rejoindre notre manoir banlieusard
Et surtout, n’oubliez pas de payer vos impôts, je ne sais pas trop à quoi ça sert, mais ça doit bien servir à quelque chose…
Lundi 15 mai 2006
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Deniers du culte