Je crois qu’il faudrait revenir un instant sur le boulot de Moïse.
Déjà, gravir le mont Sinaï qui culmine à plus de 2000 mètre sans chaussures de randonnées ni le moindre mousqueton mérite un coup de chapeau. Une fois au sommet, notre prophète balance ses barres aux céréales et autres boissons énergisantes pour se consacrer à quarante jours et nuits de jeûne. Constatant que son messager a tout de même quelque chose dans le ventre (si j’ose dire), Yahvé s’emploie alors à inscrire méticuleusement à coup de sabre laser, une dizaine de décrets dans la pierre (les éditions Dalloz, plus commodes à manipuler, n’existant pas encore). Moïse entreprend alors sa descente, plus chargé qu’à l’allée, une table sous chaque bras afin de garder l’équilibre.
Toutefois, au camp de base, l’on fait ripaille : canettes de Kronembourg éparpillées à tout va, techno à fond, sculpture psychédélique d’un veau d’or au milieu des danseurs hagards.
« Ouais, au début on voulait faire une vache, tu vois, genre pour symboliser le lait et pi l’or pour le miel. C’est style pour mieux penser au pays de Canaan, ça file plus la pèche quand on squatte dans le désert et qu’on voit pas trop le bout de la longue marche… Mais on a fait un veau parce que, ben, c’est plus vite fait ! »
Moïse, furax va voir Aaron et lui rappelle qu’il a franchement dépassé les bornes, que même Yahvé il serait bien tenté de le pulvériser illico. « Bad trip, ouh la la », se dit Aaron avec ses quelques neurones sans acides.
Ne reste plus alors au prophète qu’à chausser ses Doc Martens coquées, à exploser le bovidé qui brille, réduire en miettes les tables de la loi, et distribuer quelques coups de pompes dans les arrière-trains mous qui se trémoussent ça et là.
UN POETE – Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez.
Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage
MOÏSE – On t’a pas sonné, Boileau. Et qu’est-ce que tu viens faire dans mon Deutéronome, hein ? L’unité de temps et de lieux, t’en as déjà entendu parler… ?
LE POETE – Bon, OK, moi je voulais juste rendre service ; quelque vers, comme ça, pour donner du cœur au ventre.
MOÏSE – Ouais, ben mon ventre il a des gargouillis, je ne mange pas, je fais de la varappe, je trimbale des tables qui pèsent leur poids, je me coltine du ménage… Alors ta poésie tu te la ramène dans ton futur (et je reste poli) !
DAVID (qui passe par là) – Euh, les gars, vous avez tranché ? Avec tout le respect que je te dois, Moïse, moi j’ai une arche d’Alliance à déposer, et je préférerais qu’elle ne soit pas vide comme ton estomac...
MOÏSE – D’accord, je remonte. En tout cas, dorénavant, dès que j’aurai du temps libre, les raids dans le désert, le trekking, les vacances en Egypte, terminé !
Lundi 6 août 2007
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Deniers du culte