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« Pour endiguer l'absentéisme, un lycée de Chelles, en Seine-et-Marne, a eu l'idée d'offrir aux élèves... des places de
cinéma. » peut on lire sur les news de la page d'accueil du courrier électronique postal : ici
Je bondis. Non point parce que j'ai exercé dans cet établissement la tâche gratifiante de surveillant d'externat il fut un temps, mais parce que ça me scotche à l'écran LCD.
L'initiative académique mérite le détour par sa lumineuse propension à marquer d'un sceau historique l'apogée de ce qu'on pourrait nommer « bancalisme ».
En effet, s'il peut sembler juste et prolixe d'encourager les plus méritants, en leur offrant quelques carottes (comme naguère des images ou des livres), il est assez remarquable qu'un silence
neigeux emmitoufle la question du sort réservé aux « cancres ». Généralement, l'équilibre voulait que la médaille ait son pendant : la sanction. Elle continue sûrement d'exister,
mais il semble que si l'absentéisme demeure si lourd, c'est probablement qu'elle manque d'impact. Non que je milite pour le rétablissement du châtiment corporel - loin s'en faut - ni de la
punition stérile, mais il me semble qu'ici, la balance qui symbolise l'idée de justice penche dangereusement d'un seul côté. Nous autres zhumains avons besoin de cadres, sur le plan
psychologiques, qui nous servent comme autant de repères qui donnent du sens à la structure sociale des communautés dans lesquelles nous vivons, qui nous aident aussi à ne pas trop péter de
câbles lorsque nous sommes fragilisés par tel ou tel événement. Les enfants, et surtout les ados, encore plus. Pourquoi ? Parce qu'ils passent beaucoup de temps à tester jusqu'où ils peuvent
nous emmerder. Et un cadre, à mon sens ne s'illustre pas par une consigne du genre : « Si t'es sérieux t'auras du Nutella, si tu déconnes, ben
t'auras un pitit reproche susurré à l'oreille ».
Toutefois, la question sous-tendue me semble plutôt relever d'une mise à mal de l'autorité, et si elle ne fonctionne point ce n'est probablement pas à cause de sanctions trop gentillettes mais
parce qu'elle doit manquer d'assise, de solidité (et d'où ça vient, ça je l'ignore, mais de telles mesures ne me semblent rien arranger...)
D'autre part, offrir des places de cinéma, ça signifie quoi ? Permettre d'aller voir le dernier Van
Damme dans une mégasalle UGC en bouffant des Mars et des bonbons Haribo, par
exemple. Super ! N'y voyons surtout pas une invite à se plonger dans l'acte consommateur ou la trace de quelconques partenariats inquiétants, car ce serait médire. En effet, l'école de la
République doit plutôt inciter à regarder des films hollywoodiens que donner le goût de la lecture (c'est une évidence, quoi, enfin...?)
Alors, candide, je demande :
à quand des jeux vidéos Nintendo gratos pour les élèves qui auront obtenu un 20/20 en version
latine ?
à quand une télé plasma pour les ex-raquetteurs qui se seront bien tenus depuis un an
?
à quand un scooter pour les gentils disciples qui se seront abstenus d'insulter ou frapper un prof
durant leur scolarité en primaire ?
Faut-il que l'éducation nationale fayotte avec les élèves en leur
donnant le goût de la culture de masse et de la surconsommation plutôt que d'oser rappeler que « l'instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers,
entre six ans et seize ans. » (Code de l'éducation: articles L131-1 à L131-12) et que c'est un progrès démocratique, nom d'un âne bâté !
Publié le 07/06/2008 à 18h13 dans neofantaisie